
L’avenir du journalisme local suisse ne dépend pas des dons, mais de la combinaison intelligente de modèles d’affaires diversifiés.
- L’effondrement du marché publicitaire et la concentration médiatique croissante forcent à abandonner les modes de financement traditionnels.
- Les modèles performants misent sur une fidélisation directe des lecteurs via des adhésions, des coopératives et des offres de niche clairement définies.
Recommandation : Lors de votre soutien ou de vos placements publicitaires, n’analysez pas seulement la portée, mais aussi le modèle d’affaires sous-jacent et son potentiel d’indépendance rédactionnelle.
La boîte aux lettres vide le matin est devenue un symbole pour de nombreux Suisses. Là où autrefois le journal local informait sur la dernière assemblée communale ou le résultat du club de football local, c’est aujourd’hui le silence. L’explication courante selon laquelle Internet serait responsable est trop courte d’un point de vue économique. Nous assistons plutôt à un déplacement profond des bases économiques qui ont porté le journalisme local pendant des décennies. Une distinction est souvent faite entre le journalisme local et régional : le premier se concentre sur une seule commune, tandis que le second couvre toute une région. Les défis économiques sont graves pour les deux.
Le débat s’arrête souvent à des appels au soutien par des abonnements ou des dons. Pourtant, du point de vue de l’économie des médias, ce n’est qu’une partie de la solution. Le véritable problème réside dans la dépendance excessive à l’égard de sources de revenus obsolètes et uniques. La question cruciale n’est donc pas seulement de savoir *si* nous payons pour le journalisme, mais *quels modèles d’affaires* sont capables de garantir un écosystème d’information robuste et indépendant. Le sauvetage du journalisme local n’est pas une question de volonté de don, mais de développement de modèles d’affaires viables et diversifiés, capables de résister aux pressions économiques réelles.
Cet article analyse les forces économiques qui alimentent la disparition des médias et met en lumière les stratégies de financement innovantes déjà mises en œuvre avec succès en Suisse. Nous examinerons comment la concentration du pouvoir médiatique se manifeste, quelles sources de revenus alternatives existent et comment les citoyens ainsi que les entreprises locales peuvent jouer un rôle actif dans la sécurisation d’un journalisme local critique et diversifié.
L’aperçu suivant vous guide à travers les aspects économiques centraux et les approches pratiques qui façonnent l’avenir du journalisme indépendant en Suisse.
Sommaire : Les modèles de financement du journalisme local indépendant en Suisse
- Pourquoi les journaux locaux disparaissent-ils de plus en plus des boîtes aux lettres suisses ?
- Pourquoi tous les journaux régionaux rapportent-ils soudainement exactement la même chose sur Berne ?
- Pourquoi 30 % des startups suisses abandonnent-elles après 3 ans ?
- Comment soutenir directement le journalisme local pour qu’il reste critique ?
- Comment rester informé des décisions communales si le journal local n’existe plus ?
- E-paper ou journal papier : qu’est-ce qui vaut la peine pour le pendulaire du matin ?
- L’erreur de prendre des textes de relations publiques pour du journalisme neutre
- Comment écrire un rapport de club qui sera réellement publié ?
Pourquoi les journaux locaux disparaissent-ils de plus en plus des boîtes aux lettres suisses ?
La disparition des journaux locaux est avant tout un phénomène économique reposant sur deux piliers : l’effondrement du marché publicitaire traditionnel et l’augmentation des coûts de production et de distribution. Pendant des décennies, le commerce local – du garage automobile au supermarché – a subventionné une grande partie du travail journalistique par le biais d’annonces. Ce modèle s’est érodé. Les géants du numérique comme Google et Meta proposent des opportunités publicitaires plus ciblées et mesurables, détournant les budgets des éditeurs locaux. La Fondation Statistique de la Publicité Suisse montre une chute dramatique de -22 % des revenus publicitaires nets pour la presse suisse rien qu’entre 2019 et 2021.
Parallèlement, du côté des coûts, les dépenses pour les produits physiques explosent. Le prix du papier, les frais d’impression et surtout les tarifs de distribution postale pèsent lourdement sur les bilans. Ces coûts sont encourus quel que soit le nombre de lecteurs et frappent les petits éditeurs beaucoup plus durement. Pendant ce temps, la consommation des médias se déplace vers le numérique, ce qui réduit encore la volonté de payer pour un produit imprimé. Il en résulte une spirale toxique : la baisse des revenus publicitaires et la hausse des coûts imposent des mesures d’économie qui touchent souvent la qualité rédactionnelle. Une qualité moindre entraîne à son tour moins d’abonnés et moins d’attractivité pour les annonceurs – la pression économique s’auto-alimente.
Une analyse d’Avenir Suisse montre que si certains petits et moyens éditeurs ont réussi à diversifier leurs sources de financement, beaucoup ont dû accepter une baisse de leur chiffre d’affaires, car les nouveaux revenus numériques sont loin de compenser les pertes du secteur imprimé. La disparition des journaux n’est donc pas le signe d’un manque de besoin d’information, mais la fin d’un modèle d’affaires historiquement établi mais devenu non viable aujourd’hui.
Pourquoi tous les journaux régionaux rapportent-ils soudainement exactement la même chose sur Berne ?
Ce phénomène, souvent perçu par les consommateurs comme une « soupe médiatique uniforme », est une conséquence directe de la concentration médiatique croissante en Suisse. De grands groupes de presse comme TX Group ou CH Media ont racheté ces dernières années de nombreux journaux régionaux et locaux autrefois indépendants. D’un point de vue de gestion d’entreprise, l’objectif est clair : réaliser des synergies d’efficacité. Au lieu que chaque journal entretienne sa propre rédaction pour la politique nationale, l’économie ou l’étranger, ces contenus sont produits dans une rédaction centrale (rédaction commune) et distribués à tous les titres affiliés. Cela réduit considérablement les coûts de personnel.
Les conséquences pour la diversité des médias sont toutefois graves. Une étude du classement de la qualité des médias montre que chez TX Group, près de 46 % de la couverture nationale sont désormais des articles partagés. Le lecteur à Thoune reçoit donc exactement le même article sur une séance du Conseil fédéral que le lecteur à Winterthour, souvent avec seulement une bannière de journal différente. La diversité rédactionnelle – perspectives, analyses et commentaires différents sur un même événement – se perd. La fonction critique des médias en tant que « quatrième pouvoir » est affaiblie lorsque seules quelques voix façonnent le discours.
La chronologie de la concentration des médias suisses en 2024 illustre la pression continue à la consolidation : alors que Tamedia a supprimé entre 55 et 90 postes de rédaction et que la SSR a également réduit ses effectifs, CH Media a complètement arrêté ses six plateformes « Today ». Ce processus conduit non seulement à moins d’opinions, mais aussi à un appauvrissement du reportage local. Lorsque les ressources sont retirées de la périphérie vers les centres, il reste moins de capacité pour les recherches approfondies sur le terrain. Ce qui commence par une augmentation de l’efficacité finit souvent par une perte de pertinence et d’identité locale pour les titres concernés.
Pourquoi 30 % des startups suisses abandonnent-elles après 3 ans ?
Le taux d’échec élevé des startups est un phénomène économique connu, attribuable à une combinaison de facteurs tels qu’une analyse de marché insuffisante, des problèmes de financement et des erreurs de gestion. Dans le secteur des médias, des conditions spécifiques et aggravantes s’ajoutent, rendant les nouvelles créations journalistiques particulièrement fragiles. Outre les obstacles entrepreneuriaux généraux, elles luttent sur un second front : la crise profonde de la consommation des médias. Un produit peut être excellent, si le marché s’amenuise, les chances de succès sont faibles.

Le centre de recherche sur le public et la société (fög) de l’Université de Zurich rapporte des chiffres alarmants à ce sujet : la proportion de personnes en Suisse qui ne consomment presque plus de nouvelles a atteint un niveau record. Un sondage montre que 46 % de la population ne consomment presque plus d’actualités. Cette « privation d’information » croissante signifie pour une startup de médias qu’elle doit non seulement développer un modèle d’affaires viable, mais aussi lutter activement pour l’attention déclinante des clients potentiels. Le capital de crédibilité doit être construit de toutes pièces, alors que les marques établies peuvent encore compter sur leur réputation.
Exemple de succès malgré la pression du marché : le média local Bajour
Malgré un cadre difficile, il existe des histoires de réussite. Le média local suisse à but non lucratif Bajour, de Bâle, est un exemple de startup ayant surmonté les obstacles initiaux. Grâce à un mélange de construction de communauté, de modèle d’adhésion et de soutien ciblé, Bajour s’est imposé comme une voix locale pertinente. Le média atteint quotidiennement plus de 20 000 personnes et a récemment reçu un financement significatif de 400 000 euros du Media Forward Fund. Ces fonds permettent l’expansion dans dix communes de la banlieue et montrent qu’avec un concept clair et un soutien externe, une croissance durable est possible même dans un marché difficile.
L’échec de nombreuses startups, en particulier dans le journalisme, n’est donc pas seulement un signe de défaillance entrepreneuriale, mais aussi le symptôme d’un marché en mutation qui exige de nouvelles approches plus résilientes pour relever le double défi de la viabilité économique et de la désaffection du public.
Comment soutenir directement le journalisme local pour qu’il reste critique ?
Le soutien direct au journalisme local est passé du rôle passif d’abonné à une participation active au portfolio de modèles d’affaires. Au lieu de payer uniquement pour un produit final, les lectrices et lecteurs investissent de plus en plus directement dans la production journalistique, permettant ainsi une indépendance vis-à-vis des annonceurs et des intérêts des éditeurs. En Suisse, plusieurs modèles se sont établis pour permettre un tel financement direct.
Ces nouvelles formes de financement par les lecteurs sont plus qu’un simple substitut à l’abonnement classique. Elles créent un lien plus étroit entre la rédaction et le public et renforcent le sentiment de responsabilité des deux côtés. Voici les approches les plus courantes :
- Modèles d’adhésion (Membership) : Contrairement à l’abonnement qui ne paie que l’accès au contenu, les membres soutiennent la mission et l’existence d’un média. Chez Bajour à Bâle, par exemple, 3 200 soutiens paient au moins 40 francs par an, ce qui assure au média des revenus stables.
- Modèles coopératifs : Ici, les lecteurs deviennent copropriétaires. Le magazine national « Republik » est organisé en coopérative. Les abonnés sont en même temps éditeurs et ont un droit de regard, ce qui garantit une indépendance structurelle vis-à-vis des investisseurs externes.
- Financement participatif (Crowdfunding) pour des recherches spécifiques : Des plateformes comme « Wemakeit » permettent aux rédactions de collecter de l’argent de manière ciblée pour des projets d’investigation coûteux. Les lecteurs financent ainsi directement les histoires qu’ils jugent importantes. Cela a fait ses preuves pour des projets de Tsüri.ch ou Bajour.
- Dons et parrainages : De nombreux blogs et médias indépendants offrent la possibilité de soutenir leur travail par des dons ponctuels ou réguliers, souvent déductibles des impôts s’ils sont organisés en tant qu’associations d’utilité publique.
La force énorme de ces modèles de financement direct est devenue flagrante lors du lancement de « Republik ». L’objectif ambitieux de collecter 750 000 francs de capital de départ a été atteint en un temps record. Comme le souligne le média lui-même, le crowdfunding de Republik a atteint son objectif en seulement 7 heures et 49 minutes, un signal fort du besoin de journalisme indépendant.
Comment rester informé des décisions communales si le journal local n’existe plus ?
La disparition du journal local laisse un vide informationnel dangereux dans la démocratie communale. Sans une instance qui traduit les listes d’ordres du jour des assemblées communales, replace les débats dans leur contexte et questionne les décisions de manière critique, la participation politique diminue. Pourtant, l’écosystème d’information d’une commune se compose de plus que du seul journal. Les citoyennes et citoyens doivent devenir plus proactifs et utiliser des sources alternatives pour rester informés.
Le premier point de contact est l’administration elle-même. De nombreuses communes ont professionnalisé leur communication numérique ces dernières années. Il vaut la peine de consulter les canaux officiels et officieux suivants :
- Sites web officiels des communes : On y publie les procès-verbaux des séances de la commune et du parlement, les listes d’ordres du jour, les explications de vote et les communications officielles. Une visite régulière est indispensable.
- Newsletters des sections locales de partis : Les partis politiques informent souvent leurs membres et sympathisants de manière détaillée et de première main sur leurs positions concernant les dossiers en cours.
- Médias locaux numériques et newsletters : Des initiatives comme le « Basel Briefing » de Bajour, envoyé gratuitement à 4 500 lectrices et lecteurs, résument les principaux événements locaux et comblent ainsi de manière ciblée les lacunes d’information.
- Réseaux sociaux (avec prudence) : Les groupes Facebook locaux ou les canaux WhatsApp peuvent être des sources d’information rapides. Cependant, la plus grande prudence est de mise, car les faits et les opinions y sont souvent mélangés et diffusés sans vérification journalistique.
L’experte en médias Stephanie Grubenmann souligne l’urgence de trouver de nouvelles voies dans une étude sur le journalisme local, soulignant ainsi la nécessité de cette initiative personnelle :
Le besoin d’informations de qualité, surtout au niveau local, a augmenté avec les crises actuelles. Pour la survie du journalisme local en Suisse, des formes complémentaires de promotion des médias sont désormais nécessaires.
– Stephanie Grubenmann, experte en médias, étude sur le journalisme local
En fin de compte, la disparition du journal local signifie un transfert de responsabilité : du consommateur de médias passif vers le chercheur d’information actif, qui doit évaluer et combiner différentes sources de manière critique pour se faire une image complète de la politique locale.
E-paper ou journal papier : qu’est-ce qui vaut la peine pour le pendulaire du matin ?
La question de savoir si l’e-paper ou le journal papier est le meilleur choix peut être analysée sous deux angles : celui de l’utilisateur et celui de l’éditeur. Pour le pendulaire dans le train du matin, la version numérique offre des avantages clairs : actualité, facilité de transport et souvent accès aux archives et contenus multimédias. Le froissement du papier laisse place au balayage silencieux sur la tablette.

Du point de vue de l’économie des médias, la réponse est encore plus tranchée. La structure des coûts des deux formats diffère fondamentalement. Le journal papier est un anachronisme de gestion d’entreprise avec des coûts variables extrêmement élevés pour l’impression et la distribution physique. L’e-paper, en revanche, une fois mis en place, ne présente que de faibles coûts marginaux pour chaque lecteur supplémentaire. Chaque nouvel abonné numérique améliore directement la marge de l’éditeur, tandis que chaque abonné papier continue de générer des coûts élevés. Cette réalité économique est la raison principale pour laquelle les éditeurs investissent massivement dans le développement de leurs offres numériques et tentent de convertir leurs lecteurs papier.
Le tableau suivant, basé sur les tendances générales du marché et les données, illustre la dynamique économique différente des formats de médias en Suisse. Comme le montrent les données de Statista, déjà 4,5 millions de personnes en Suisse utilisent quotidiennement des offres d’information numériques, ce qui souligne la tendance irréversible.
| Médium | Utilisateurs quotidiens 2024 | Tendance revenus publicitaires | Coûts de production |
|---|---|---|---|
| Actualités numériques | 4,5 millions | En hausse | Bas (frais de serveur) |
| Journaux imprimés | n.d. | En baisse (-22 % 2019-2021) | Élevés (impression, distribution) |
| E-paper | En croissance | Modérée | Moyens |
Pour le pendulaire, le choix peut être une question d’habitude. Pour l’éditeur, c’est une question de survie. Le soutien d’un média par un abonnement e-paper est nettement plus durable d’un point de vue économique et contribue plus directement au financement du journalisme, car une plus grande partie du prix de l’abonnement est consacrée au contenu plutôt qu’à l’impression et à la logistique.
L’erreur de prendre des textes de relations publiques pour du journalisme neutre
Dans un paysage médiatique soumis à une pression économique massive, les frontières entre contenus rédactionnels et publicité payante s’estompent de plus en plus. Ce qu’on appelle les « Native Ads » ou le « Sponsored Content » sont des textes commerciaux délibérément présentés sous l’apparence d’un article journalistique. Pour les annonceurs, c’est attrayant car le message bénéficie du capital de crédibilité élevé de l’environnement rédactionnel. Pour le lecteur, cela représente toutefois un risque considérable, car la séparation entre information indépendante et communication orientée par des intérêts est sapée.
Des chercheurs en médias comme Colin Porlezza de l’Université de Lugano mettent en garde depuis longtemps contre les conséquences. Dans une contribution sur le sujet, il souligne les effets à long terme sur la formation de l’opinion publique :
La communication commerciale, et donc clairement orientée par des intérêts, va augmenter massivement et influencer fortement la formation de l’opinion publique à moyen terme. Sa crédibilité diminue, des études empiriques l’ont démontré.
– Colin Porlezza, chercheur en médias, Université de Zurich
Cette évolution est particulièrement problématique dans le journalisme local, où les rédactions sont en sous-effectif et sont souvent reconnaissantes pour les textes « livrés prêts à l’emploi » par des clubs ou des entreprises. En tant que consommateur de médias critique ou commerçant envisageant de réserver de tels formats, il est crucial de pouvoir reconnaître et classer ces textes. Le Conseil suisse de la presse a des directives claires à ce sujet, qui sont toutefois souvent contournées de manière créative.
Checklist : Comment reconnaître les textes de RP
- Vérifier le marquage optique : Une déclaration explicite en tant que « publicité » n’est nécessaire selon le Conseil de la presse que si la contribution n’est pas déjà clairement identifiable comme commerciale par sa mise en page et sa police. Cherchez des indices subtils comme d’autres polices ou des encadrés.
- Questionner les formulations : Des expressions comme « En coopération avec », « Sponsored Content » ou « Présenté par » sont des dissimulations. S’il s’agit d’un contenu payant, il devrait être honnêtement mentionné « Publicité » ou « Annonce ».
- Analyser la perspective d’écriture : Les véritables textes journalistiques pèsent le pour et le contre, citent différentes sources et nomment les problèmes. Les textes de RP sont souvent excessivement positifs, utilisent des superlatifs et ne présentent que le point de vue de l’entreprise annonceuse.
- Vérifier l’émetteur et les citations : Qui s’exprime dans le texte ? Si seuls des employés de l’entreprise ou des « clients enthousiastes » sont cités, c’est un indice fort d’un texte de RP.
- Observer l’emplacement : Le « Native Advertising » réussit mieux lorsqu’il ne détonne pas dans le flux des articles rédactionnels. La méfiance est de mise si un prétendu article sur un produit apparaît soudainement dans la liste des « plus lus ».
La capacité à déchiffrer ces formats est une compétence clé pour les utilisateurs de médias avertis et une réflexion éthique pour tout annonceur.
L’essentiel en bref
- La crise du journalisme local est économique : elle est alimentée par l’effondrement du marché publicitaire et la concentration du pouvoir médiatique, et non par un manque de besoin d’information.
- Les modèles d’avenir viables reposent sur un portfolio de modèles d’affaires diversifié, plaçant le financement direct par les lecteurs (adhésion, crowdfunding) au centre.
- L’indépendance est un facteur économique : seuls les médias qui protègent leur capital de crédibilité et ne dépendent pas de clients publicitaires uniques ou d’intérêts politiques peuvent survivre à long terme.
Comment écrire un rapport de club qui sera réellement publié ?
Pour les clubs, les acteurs culturels et les organisations locales, la présence dans le journal local est souvent déterminante pour la perception publique. Mais avec des rédactions qui se réduisent, la place se fait rare et la lutte pour l’attention plus dure. De nombreux rapports envoyés finissent à la poubelle sans être lus parce qu’ils ignorent les besoins fondamentaux d’une rédaction. La clé du succès réside dans le changement de perspective : ne pensez pas comme un président de club qui veut informer, mais comme un journaliste qui cherche une histoire pertinente pour son lectorat.
Les journalistes sont sous une pression temporelle permanente. Ils ne sont pas des « machines à publier » des nouvelles de clubs, mais des curateurs de contenus. Un rapport a une chance infiniment plus élevée d’être pris en compte s’il épargne du travail à la rédaction tout en offrant une valeur ajoutée à un public plus large. Comme le remarque judicieusement une agence de presse, une bonne préparation est cruciale :
En tant que journalistes expérimentés, nous savons ce qui compte dans le travail de presse : avec un communiqué de presse intéressant, vous vous placez en bonne position auprès des rédactions.
– meinetexter.ch, PR & Advertorials
Pour atteindre cette « bonne position », vous devriez respecter les points stratégiques suivants, qui vont au-delà du pur contenu :
- Mettre l’accent sur l’aspect humain : Au lieu du titre sec « Assemblée générale du club de gymnastique », choisissez une accroche émotionnelle et humaine. Exemple : « À 92 ans encore aux barres parallèles : la doyenne des gymnastes du canton honorée à l’AG ». Les histoires de gens sont plus intéressantes que les procès-verbaux.
- Livrer des textes prêts à l’emploi : Offrez des options à la rédaction. Fournissez une version courte (500 signes), moyenne (1 500 signes) et longue (3 000 signes) du rapport. Ajoutez également 2 ou 3 propositions de titres alternatifs et des légendes de photos déjà formulées.
- Fournir des visuels haute résolution : Une bonne photo est souvent le sésame. Envoyez 2 ou 3 photos d’aspect professionnel en haute résolution en tant que pièces jointes séparées (pas insérées dans le fichier Word) et mentionnez le nom du photographe pour les crédits.
- Respecter le timing et l’exclusivité : Connaissez-vous l’heure de bouclage du journal local ? Envoyez votre rapport suffisamment à l’avance. Si possible, offrez l’exclusivité de l’histoire à un journal – cela en augmente la valeur.
- Éviter l’instrumentalisation : L’attente formulée maladroitement d’un reportage positif est le moyen le plus sûr d’être ignoré. Les journalistes réagissent allergiquement aux tentatives de les utiliser comme instrument publicitaire. Leur tâche est le reportage, pas la promotion.
Un rapport de club bien préparé qui raconte une histoire intéressante n’est pas une corvée, mais un service professionnel rendu à une rédaction locale en sous-effectif – et la meilleure garantie d’une publication.