La vitesse à laquelle un médicament contre le cancer atteint le patient en Suisse n’est pas un sprint linéaire, mais le résultat d’un écosystème hautement interconnecté où les décisions stratégiques déterminent la trajectoire.

  • L’excellente infrastructure clinique des hôpitaux universitaires permet des études de phase III efficaces, l’ultime test avant l’autorisation.
  • Le dépôt stratégique précoce de brevets et le choix du bon environnement de recherche (start-up vs grand groupe) sont des étapes décisives.
  • Un réseau dense de recherche académique de pointe (ETH, universités), de sources de financement (FNS, capital-risque) et de clusters industriels crée un terreau unique.

Recommandation : Pour les patients et les investisseurs, il est crucial de comprendre cette logique d’écosystème – plutôt que de se fier à un calendrier rigide – pour évaluer la valeur réelle et la disponibilité réaliste d’une nouvelle thérapie.

La question de savoir à quelle vitesse une molécule prometteuse sortant d’un laboratoire bâlois devient un médicament contre le cancer autorisé préoccupe autant les patients et leurs proches que les investisseurs. La réponse standard évoque souvent un processus long et coûteux s’étalant sur plus d’une décennie. On parle de recherche préclinique, de phases cliniques I, II et III, et enfin du verrou réglementaire de Swissmedic. À l’échelle mondiale, la durée médiane de développement d’un nouveau médicament anticancéreux est de 11,1 ans, du dépôt du brevet à la mise sur le marché.

Cependant, cette vision linéaire est trop réductrice pour la Suisse. Ici, le chemin de la recherche vers le patient ressemble moins à un pipeline rigide qu’à un écosystème dynamique et hautement interconnecté. C’est un maillage d’excellence académique, de soutien étatique ciblé, d’audace entrepreneuriale au sein des start-up et de la puissance de frappe des géants pharmaceutiques mondiaux. Chaque étape est un choix stratégique qui influence tout le cours futur et détermine de manière décisive la vitesse de développement.

Et si la clé de l’accélération ne résidait pas dans l’optimisation d’étapes isolées, mais dans l’interaction fluide de tous les acteurs ? Cet article plonge au cœur de cette logique d’écosystème suisse. Nous analysons les points nodaux critiques – de l’étude clinique à l’hôpital universitaire au dépôt stratégique de brevet, en passant par le choix de l’environnement de recherche et le rôle des clusters économiques spécialisés.

Plutôt que de tracer une simple ligne temporelle, nous décryptons les mécanismes qui rendent le pôle d’innovation suisse si unique. Nous mettons en lumière pourquoi certaines décisions doivent être prises à des moments précis et comment elles scellent le destin d’une thérapie potentiellement salvatrice.

Cet article vous guide à travers les phases cruciales et les réflexions stratégiques qui façonnent le parcours d’un nouveau médicament en Suisse. L’aperçu suivant présente les thèmes centraux que nous analyserons pour dresser un portrait complet de l’écosystème d’innovation suisse en oncologie et en technologie médicale.

Pourquoi les hôpitaux universitaires suisses sont-ils si prisés pour les études de phase III ?

L’étude de phase III est l’ultime étape décisive avant l’autorisation d’un médicament. C’est ici que l’efficacité et la sécurité de la nouvelle substance sont testées sur un large groupe de patients par rapport au standard établi. Les hôpitaux universitaires suisses jouissent d’une excellente réputation internationale dans ce domaine, ce qui en fait des partenaires privilégiés pour les groupes pharmaceutiques mondiaux. La raison réside dans une combinaison de densité de patients, de personnel hautement qualifié et d’une infrastructure de recherche exceptionnelle.

Le Groupe Suisse de Recherche Clinique sur le Cancer (SAKK) joue ici un rôle central. En tant qu’organisation à but non lucratif, il coordonne des études académiques multicentriques sur le cancer dans tout le pays. Le Swiss Cancer Institute mène chaque année plus de 70 études cliniques en oncologie. Ces études se déroulent dans de nombreux centres de renom comme l’Hôpital universitaire de Bâle, l’Inselspital de Berne ou l’Hôpital cantonal de Saint-Gall, garantissant ainsi l’accès à une population de patients diversifiée tout en respectant les normes de qualité les plus strictes.

Klinisches Studienzentrum in einem Schweizer Universitätsspital, in dem Forscher zusammenarbeiten.

Cette coordination centralisée par des institutions comme le SAKK, couplée à une exécution décentralisée dans des cliniques de pointe, crée une efficacité unique. Pour les entreprises pharmaceutiques, cela signifie des délais de recrutement plus courts, des données fiables et une collaboration avec des oncologues de renommée mondiale. Pour les patients suisses, c’est la chance d’accéder précocement aux thérapies les plus innovantes – souvent des années avant leur mise sur le marché officielle. Cette symbiose fait du paysage hospitalier suisse un accélérateur critique dans la dernière phase décisive du développement des médicaments.

Comment protéger ma molécule à l’échelle mondiale avant de la publier ?

Bien avant qu’une étude clinique ne soit envisageable, une orientation stratégique majeure doit être prise : la protection de la propriété intellectuelle. Une découverte révolutionnaire n’a aucune valeur économique si elle n’est pas protégée par des brevets. La règle d’or est la suivante : d’abord enregistrer, ensuite publier. Toute publication avant le dépôt du brevet, que ce soit dans une revue scientifique, lors d’une conférence ou même dans une thèse, est considérée comme « état de la technique » et peut réduire à néant toute brevetabilité ultérieure dans le monde entier.

Le processus commence typiquement en Suisse par un dépôt de priorité national auprès de l’Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle (IPI) à Berne. Cette étape garantit une date de dépôt (« date de priorité ») valable 12 mois dans le monde entier. Durant ce laps de temps, les chercheurs et leurs institutions – souvent avec le soutien des bureaux de transfert de technologie (TTO) universitaires – peuvent collecter des données supplémentaires et élaborer la stratégie commerciale sans compromettre la protection. Dans ces 12 mois, une demande internationale ultérieure, généralement via le système du Traité de coopération en matière de brevets (PCT), doit être effectuée pour étendre la protection aux marchés cibles principaux (USA, UE, Japon, etc.).

Cette protection en temps voulu est le fondement de toutes les étapes suivantes. Elle est la condition sine qua non pour attirer des investisseurs, négocier des contrats de licence avec des entreprises pharmaceutiques établies ou fonder sa propre start-up. Sans protection par brevet, aucun capital-risque ne circule, car seul le monopole limité dans le temps justifie les coûts et les risques de développement colossaux. La planification stratégique de la protection par brevet est donc la première étape indispensable pour transformer une découverte scientifique en un médicament potentiel.

Votre plan pour la protection mondiale des brevets : la voie suisse

  1. Dépôt de priorité national : Soumettez la première demande à l’Institut Fédéral de la Propriété Intellectuelle (IPI) à Berne pour sécuriser la date de priorité.
  2. Conseil par les TTO : Consultez les bureaux de transfert de technologie (TTO) de votre université pour un conseil stratégique proactif sur la brevetabilité et l’exploitation commerciale.
  3. Demande internationale PCT : Effectuez la demande internationale PCT dans les 12 mois suivant la date de priorité pour poursuivre la protection du brevet au niveau mondial.
  4. Phases nationales : Dans les 30 mois suivant la priorité, décidez dans quels pays ou régions spécifiques (ex : USA, Europe, Japon) vous souhaitez entrer dans la phase nationale, plus coûteuse.
  5. Publication défensive : Évaluez une stratégie de publication défensive pour les aspects de votre recherche qui ne sont pas brevetables, afin d’empêcher vos concurrents de les protéger.

Emploi stable en entreprise ou options d’achat d’actions en start-up : où la recherche est-elle la plus libre ?

Une fois la molécule protégée, une nouvelle question stratégique se pose pour le chercheur ou l’équipe de recherche : dans quel environnement poursuivre le développement ? Le paysage suisse des sciences de la vie, en particulier la région de Bâle, offre deux voies fondamentalement différentes : le monde établi des géants pharmaceutiques ou l’arène agile mais risquée des start-up biotech.

Les grands groupes comme Roche et Novartis, qui emploient ensemble environ 26 000 collaborateurs rien qu’en Suisse, offrent des ressources énormes, des processus établis et une sécurité financière. La recherche y est souvent intégrée dans des stratégies mondiales et focalisée sur des domaines thérapeutiques clairement définis. Cela offre de la stabilité, mais peut restreindre la liberté scientifique. L’orientation de la recherche est souvent déterminée par le management et les priorités commerciales du groupe (focus de recherche).

De l’autre côté se trouve l’écosystème bouillonnant des start-up. Ici, l’autonomie scientifique (liberté de recherche), les hiérarchies horizontales et la perspective d’une participation financière significative au succès via des options d’achat d’actions sont attractives. Le risque est toutefois bien plus élevé : le financement est souvent précaire et dépend de jalons et de nouveaux tours de table. L’échec est une possibilité réelle. Pourtant, c’est précisément cet environnement qui attire le capital-risque, comme le montre l’exemple de Basel Area.

Étude de cas : Le volant d’inertie de la capitalisation de Basel Area

La région de Bâle est un exemple parfait d’écosystème de start-up fonctionnel. Elle montre comment le succès génère de nouveaux succès. Rien qu’en 2024, les entreprises soutenues par Basel Area Business & Innovation ont pu lever près de 500 millions de francs d’investissements. Ce capital alimente directement la recherche, crée des emplois hautement qualifiés et augmente la probabilité de la prochaine grande percée. Les « exits » réussis (ventes de start-up à de grands groupes) réinjectent de l’argent et des fondateurs expérimentés dans l’écosystème, qui financent et conseillent à leur tour la génération suivante de start-up – un volant d’inertie de capitalisation qui s’auto-alimente.

Le choix entre grand groupe et start-up n’est donc pas une simple préférence personnelle, mais une orientation stratégique qui influence massivement la vitesse de développement et les possibilités de contrôle sur le projet. Les deux voies sont des composantes intégrales du modèle de réussite suisse et entretiennent une relation symbiotique : les grands groupes sont souvent les acheteurs des start-up performantes, tandis que de nombreuses start-up sont fondées par d’anciens cadres de l’industrie.

Le risque pour l’image de marque lorsque les tests sur les animaux sont critiqués publiquement

Dans la phase préclinique, avant qu’une substance ne puisse être testée sur l’homme, les tests sur les animaux sont légalement obligatoires. Ils servent à évaluer la sécurité de base et la toxicité d’une molécule. Parallèlement, ce sujet est extrêmement sensible socialement et comporte un risque réputationnel considérable pour les entreprises de recherche. Une perception publique négative peut non seulement nuire à l’image de l’entreprise, mais aussi entraîner des conséquences politiques et réglementaires.

En Suisse, l’attitude de la population et de la politique est nuancée. En 2022, l’initiative populaire fédérale « Oui à l’interdiction de l’expérimentation animale et humaine » a été nettement rejetée par la population. Ce résultat montre qu’une majorité accorde plus de poids aux bénéfices de la recherche médicale qu’à une interdiction absolue. Néanmoins, le public et les autorités attendent que la recherche suive les normes éthiques les plus élevées. Le principe des 3R (Replace, Reduce, Refine), fortement ancré en Suisse, sert ici de guide. Il oblige les chercheurs à remplacer les tests sur les animaux par des méthodes alternatives dès que possible (Replace), à réduire le nombre d’animaux au strict minimum (Reduce) et à organiser les conditions expérimentales de manière à minimiser la souffrance animale (Refine).

Moderne Forschungsmethoden wie Organ-on-a-Chip-Systeme als Alternative zu Tierversuchen, die das 3R-Prinzip symbolisieren.

Les institutions de recherche et les entreprises suisses investissent donc massivement dans le développement et l’application de méthodes alternatives telles que les technologies d’organe sur puce (organ-on-a-chip), les simulations informatiques (modèles in silico) et les cultures cellulaires complexes. Cette approche proactive n’est pas seulement un impératif éthique, mais aussi une nécessité stratégique. Elle sert à maintenir l’acceptation sociale de la recherche (social license to operate) tout en obtenant des résultats scientifiquement plus valides car plus transposables à l’homme. La communication transparente sur la nécessité des tests sur les animaux et l’engagement parallèle pour le principe des 3R sont cruciaux pour gérer le risque réputationnel dans ce domaine délicat.

Comment rédiger une demande au FNS qui ne soit pas éliminée dès le premier tour ?

La recherche académique précoce, d’où proviennent la plupart des idées révolutionnaires pour de nouveaux médicaments, dépend des fonds publics. En Suisse, le Fonds national suisse (FNS) est de loin l’institution la plus importante pour le financement de la recherche fondamentale. Déposer une demande de subvention réussie auprès du FNS est toutefois hautement compétitif et constitue un art en soi. C’est un autre choix stratégique critique qui décide si une idée prometteuse aura seulement la chance de mûrir.

Face à une concurrence énorme – le FNS a investi environ 960 millions de CHF dans plus de 1 800 nouveaux projets en 2024 – les demandes présentant des faiblesses formelles ou stratégiques sont souvent éliminées tôt. Les experts n’évaluent pas seulement l’excellence scientifique et l’originalité de l’idée, mais un ensemble global convaincant. Une demande réussie doit remplir plusieurs critères :

  • Cohérence et mise en réseau : L’équipe de recherche doit disposer d’une expertise prouvée. Les collaborations internationales sont considérées comme un atout majeur, car elles élargissent l’horizon et renforcent la robustesse de la recherche.
  • Gestion des données : Un plan de gestion des données (Data Management Plan – DMP) convaincant est obligatoire. Il doit expliquer comment les données de recherche seront gérées selon les principes FAIR (Findable, Accessible, Interoperable, Reusable). L’utilisation d’infrastructures suisses comme SWITCHdrive ou SWISSUbase est évaluée positivement.
  • Utilité sociétale et économique : La simple curiosité ne suffit plus. La section « Impact » doit démontrer concrètement l’utilité potentielle du projet pour la société et l’économie suisses, même si celle-ci n’est attendue qu’à long terme.
  • Science ouverte (Open Science) : La volonté de rendre les résultats et les données de recherche accessibles (Open Access, Open Data) est devenue un critère d’évaluation central.

Une demande au FNS réussie est donc bien plus qu’une simple idée brillante. C’est un document stratégique qui allie vision scientifique, rigueur méthodologique et une compréhension claire des attentes du bailleur de fonds. La capacité à rédiger ces demandes est une compétence clé dans l’écosystème de recherche suisse et souvent le premier pas pour transformer la recherche fondamentale en une innovation applicable.

Pourquoi les entreprises MedTech s’installent-elles dans la « Medical Valley » autour de Soleure ?

Alors que l’industrie pharmaceutique est fortement concentrée à Bâle, où elle représente, selon l’Office statistique du canton de Bâle-Ville, un impressionnant 44,9% de la valeur ajoutée cantonale, une autre logique de cluster hautement spécialisée s’est développée en Suisse. Un exemple frappant est la « Medical Valley » dans la région de Soleure-Berne. Ici, ce ne sont pas principalement des entreprises pharmaceutiques qui s’installent, mais des entreprises de technologie médicale spécialisées dans la mécanique de précision, les implants et les instruments chirurgicaux.

Ce choix d’emplacement n’est pas un hasard, mais le résultat d’un développement historique et d’une promotion économique ciblée. La région tire ses racines de l’industrie horlogère et dispose donc d’un réservoir unique de savoir-faire en micromécanique, en science des matériaux et en fabrication de précision. Ce savoir est directement transférable à la fabrication de dispositifs médicaux complexes tels que les prothèses articulaires, les implants dentaires ou les robots chirurgicaux. Les entreprises y trouvent un écosystème de main-d’œuvre hautement qualifiée, de fournisseurs spécialisés et de centres de formation d’une densité unique au monde.

Contrairement au cluster de valeur ajoutée de Bâle, axé sur la pharma et la biotech et marqué par la biologie moléculaire et de grands flux de capitaux, la force de la Medical Valley repose sur l’excellence en ingénierie. Cela montre que le modèle de réussite suisse n’est pas monolithique. Il se compose de plusieurs clusters complémentaires, chacun s’appuyant sur des forces et compétences historiques différentes. Cette spécialisation permet également à des régions plus petites de prendre une position de leader dans des niches mondiales et de contribuer à la diversité et à la résilience de l’ensemble du pôle d’innovation suisse.

La logique est la même qu’à Bâle : la concentration de talents, de connaissances et de services spécialisés en un lieu crée un cycle vertueux qui accélère l’innovation et permet aux entreprises d’atteindre la maturité commerciale plus rapidement et plus efficacement. La Medical Valley est la preuve que la logique d’écosystème fonctionne aussi au-delà des grands groupes pharmaceutiques.

Pourquoi les inventions de l’ETH parviennent-elles si vite à maturité commerciale ?

La recherche académique est à l’origine de la plupart des innovations disruptives. Mais une invention seule n’est pas encore un produit. Le chemin de la découverte à l’application est semé d’embûches, et l’immense majorité des idées s’essouffle. Ainsi, le taux de réussite des médicaments contre le cancer n’est que d’environ 7 % ; 93 % des substances prometteuses n’atteignent jamais le patient. Dans ce contexte, l’efficacité avec laquelle des institutions comme l’ETH Zurich mènent leurs inventions vers la maturité commerciale est remarquable.

La clé réside dans une stratégie de transfert de technologie hautement professionnelle et proactive. Le département ETH transfer agit comme un pont entre la science et l’économie. Il identifie précocement les résultats de recherche prometteurs sur le plan commercial, conseille les scientifiques pour les dépôts de brevets et négocie des contrats de licence avec l’industrie. Mais surtout, il encourage activement la création d’entreprises spin-off. L’ETH crée un environnement extrêmement favorable aux créateurs avec des infrastructures, du coaching et un accès à un réseau d’investisseurs.

Ce soutien institutionnalisé abaisse les barrières pour les scientifiques qui souhaitent franchir le pas de l’entrepreneuriat. Au lieu de licencier leur invention à un grand groupe où elle risquerait de finir dans un tiroir, ils peuvent piloter eux-mêmes le développement dans une spin-off agile. Ce chemin direct de la recherche vers une entreprise dédiée est souvent la voie la plus rapide vers la maturité commerciale. Comme le souligne le Prof. Dr Martin A. Walter de la clinique Hirslanden St. Anna dans une publication de Nature Communications, la vitesse est cruciale dans les nouveaux domaines :

Le domaine de la théranostique évolue actuellement à une vitesse élevée. Pour la première fois, on décrit la partie du patrimoine génétique humain qui peut être ciblée par des médicaments théranostiques et qui offre un fort potentiel pour le développement de nouveaux médicaments contre le cancer.

– Prof. Dr Martin A. Walter, Nature Communications, Hirslanden Klinik St. Anna

L’ETH fait ainsi office non seulement de source de connaissances, mais aussi d’accoucheuse active de nouvelles entreprises technologiques. Cette imbrication étroite entre recherche de pointe et soutien entrepreneurial est un pilier central de l’écosystème d’innovation suisse et un facteur décisif pour la rapidité avec laquelle les idées se transforment ici en produits commercialisables.

L’essentiel en bref

  • La vitesse du développement des médicaments en Suisse n’est pas un processus linéaire, mais le fruit d’un écosystème dynamique alliant recherche, industrie et capital.
  • Les choix stratégiques tels que le brevetage précoce, le choix de l’environnement de recherche et l’obtention réussie de financements sont plus déterminants qu’un calendrier rigide.
  • Les clusters spécialisés (pharma à Bâle, MedTech à Soleure) et un transfert de technologie efficace (ETH) sont les moteurs qui accélèrent les innovations et les mènent au marché.

Comment les appareils auditifs et les implants suisses révolutionnent-ils le marché mondial de la santé ?

Le succès de l’écosystème d’innovation suisse ne se limite pas à l’industrie pharmaceutique. Le secteur des technologies médicales, en particulier dans les domaines des appareils auditifs et des implants, est un autre exemple frappant de leadership mondial né du mélange unique de précision technique, de recherche et de capital. Des entreprises comme Sonova (Phonak) ou Cochlear (avec une forte présence à Bâle) dominent leurs marchés mondiaux respectifs.

Ce succès repose sur les mêmes principes que dans l’industrie pharmaceutique : une haute densité de connaissances spécialisées, la proximité d’institutions de recherche d’excellence et un climat favorable aux investissements. Le secteur suisse de la biotech, souvent étroitement lié à la technologie médicale, affiche une dynamique financière impressionnante. Selon les chiffres récents du secteur, les entreprises de biotechnologie suisses ont reçu 2,5 milliards de francs suisses en 2024, soit environ 22 % d’investissements de plus que l’année précédente. Ce capital finance le développement de la prochaine génération d’implants « intelligents », d’appareils auditifs connectés et de solutions médico-techniques personnalisées.

La révolution réside dans la convergence de la miniaturisation, des capteurs et de l’intelligence artificielle. Les systèmes auditifs suisses modernes ne sont plus de simples amplificateurs, mais des ordinateurs haute performance qui s’adaptent en temps réel à l’environnement sonore, distinguent la parole du bruit et se connectent parfaitement à d’autres appareils. Cette force d’innovation est le résultat direct de l’écosystème : les ingénieurs de l’horlogerie apportent le savoir-faire pour la miniaturisation, les chercheurs de l’ETH et de l’EPFL développent les algorithmes, et les hôpitaux universitaires fournissent les données cliniques et l’accès aux patients pour la validation. La Suisse n’exporte donc pas seulement des produits, mais une approche globale pour l’amélioration de la qualité de vie.

En conclusion, le parcours d’un médicament ou d’un dispositif médical de l’idée au patient en Suisse est une danse complexe entre science, stratégie et capital. La vitesse n’est pas dictée par une simple liste de tâches, mais par la capacité à prendre la bonne décision à chaque carrefour stratégique et à exploiter de manière optimale les synergies de l’unique écosystème suisse. Pour les investisseurs et les patients, cela signifie qu’il faut déplacer le curseur des calendriers rigides vers l’évaluation de la qualité de ces décisions stratégiques et du positionnement au sein de l’écosystème. Pour obtenir une évaluation fondée sur une technologie ou une entreprise spécifique, une analyse détaillée dans le contexte de ce système est indispensable.